Les erreurs communes quand on enregistre à la maison…

Cet article est paru initialement sur Reverb.com. Je le transfère ici pour qu’il reste dans notre base de connaissance. Que ça ne vous empêche pas de fréquenter Reverb…

 

Le processus d’enregistrement tient à la fois de l’art et de la science. Certains ingénieurs vont avoir une approche scientifique en calculant précisément les temps de délai, la longueur des queues de réverbération ou encore les courbes de leurs EQ. D’autres vont simplement tourner les boutons jusqu’à obtenir un son correct. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise approche, mais quelques directives peuvent vous aider à réaliser des enregistrements de qualité. Découvrez ces 10 erreurs courantes que font les gens lorsqu’ils enregistrent à la maison.

Enregistrer trop fort

Sérieusement, baissez le son. Aujourd’hui, la plupart des ingénieurs du son enregistrent leurs signaux aussi fort que possible. Cette approche est logique lorsque vous travaillez sur des systèmes analogiques, en revanche, elle est inutile et peut porter préjudice à votre enregistrement si vous utilisez du matériel numérique.

Les systèmes analogiques et numériques sont fondamentalement différents. Les systèmes analogiques mesurent les niveaux en dBvu, tandis que les systèmes numériques mesurent les niveaux en dBfs. Bien que ces deux unités mesurent toutes les deux l’amplitude, elles le font à des échelles différentes. Imaginez : c’est comme si quelqu’un vous disait qu’il faisait 75 degrés à l’extérieur, la journée serait alors très agréable si vous mesuriez en degrés Fahrenheit mais provoquerait une urgence mondiale si vous mesuriez en degrés Celsius.

Le fait de dépasser avec son signal le 0 dBvu sur un système analogique introduit une distorsion harmonique subtile et agréable qui peut aider à structurer des pistes et les faire ressortir du mix, en revanche aucun signal ne doit dépasser le 0 dBfs. Dépasser ce seuil sur un système numérique n’a pour résultat que de procurer des effets indésirables (à moins que vous ne souhaitiez naturellement de tels effets pour des raisons artistiques).

À quel niveau doit-on enregistrer lorsqu’on utilise un DAW ? Le niveau de votre signal devrait idéalement être situé aux alentours de -18 dBfs. Cela peut vous sembler bas si vous regardez les graduations de votre DAW, mais -18 dBfs est l’équivalent numérique de 0 dBvu.

En enregistrant avec des niveaux de signal moyens s’élevant aux alentours de -18 dBfs, vous ne courez pratiquement aucun risque de créer des effets indésirables. Cela facilite également le mixage, car vous n’aurez plus besoin d’ajuster le gain du clip ou de baisser les faders pour empêcher votre bus de mix de clipper. La plupart des fabricants d’audio numérique conçoivent également leurs plug-ins pour fonctionner de manière optimale lors de la réception de signaux à -18 dBfs.

Utiliser la mauvaise DI

Les DI sont des outils essentiels pour enregistrer des instruments en studio. Elles sont soit passives, soit actives. Les DI passives utilisent un transformateur abaisseur pour adapter le signal de l’instrument aux entrées micros. Les micros actifs nécessitent une source d’alimentation telle que des piles ou une alimentation secteur standard.

La plupart des home-studios sont équipés d’une ou deux DI passives, souvent en mauvais état, et si vous envisagez d’utiliser des micros passifs pour votre guitare électrique ou votre basse, procurez-vous une DI active de qualité. Les guitares acoustiques/électriques ont tendance à mieux sonner avec des DI actives. Les DI passives sont idéales pour l’enregistrement d’instruments actifs tels que les batteries électroniques, les claviers et les guitares avec micros actifs.

Mauvaise utilisation des préréglages de plug-in

Les plug-ins sont conçus pour vous faciliter la tâche, or, certains ingénieurs du son les utilisent plutôt comme une béquille… Si vous travaillez fréquemment sur le même genre de musique, vous pouvez vraiment gagner beaucoup de temps en créant des préréglages pour les chaînes de signaux communes.

Le mieux est de se servir des deux approches. Pouvoir avoir des préréglages à disposition pour vous faire gagner du temps, mais continuer à expérimenter. Vous pouvez vous en servir comme base et les modifier selon l’envie du moment. Essayez aussi de vous en détacher et voyez ce qu’il se passe.

Mauvaise utilisation du ou des micros

La technologie des home-studios a beaucoup évolué au cours des deux dernières décennies. Les DAW modernes ont rendu le processus de création d’un album infiniment plus rapide et plus facile, mais ils nous ont également rendus paresseux. Pouvoir créer un nombre de pistes illimité a poussé certains ingénieurs du son à adopter une approche consistant à essayer chaque micro qu’ils possèdent et choisir ensuite celui qu’ils préfèrent.

Mais reporter ce genre de décisions ne présage rien de bon. Essayez de configurer un seul micro et de l’ajuster jusqu’à obtenir le son voulu. Si vous sentez qu’il manque quelque chose, ajoutez un autre micro. Et si vous n’êtes pas satisfait, recommencez.

Utilisation du mauvais type de directivité

Lorsque vous travaillez avec des micros à condensateur, vous avez souvent le choix entre plusieurs types de directivités, mais beaucoup d’ingénieurs du son se contentent de les programmer sur « cardioïde » sans plus jamais y toucher. Expérimentez, il ne suffit que d’une seconde pour changer de mode et voir ce que les autres paramètres ont à offrir. Le mode omnidirectionnel fonctionne parfaitement pour réaliser des enregistrements naturels et authentiques, tandis que le mode figure en 8 est un bon compromis entre les deux : un signal direct puissant, avec une ambiance contrôlée.

Enregistrer les voix trop proches du micro

Les chanteurs doivent se trouver dans un état d’esprit particulier pour pouvoir offrir une performance vocale puissante. La plupart d’entre eux pensent mieux réussir avec le micro collé ou placé à quelques centimètres de la bouche. Or, même si cela peut parfois être le cas, ce n’est certainement pas un gage de réussite.

Filtre anti-pop

Si vous chantez trop près du micro, vous capturez davantage de bruits de bouche indésirables et accentuez énormément les graves à cause de l’effet de proximité. De plus, le son ne sera pas du tout naturel, un peu comme si quelqu’un chantait directement dans vos oreilles à plein volume.

Quand vous enregistrez des voix, il est préférable de maintenir une distance allant de 15 à 30 cm entre le chanteur et le micro.

Ne pas utiliser de disque dur externe

Plus la technologie progresse, plus nous continuons à repousser ses limites. Si vous êtes équipé d’un processeur à la pointe de la technologie, avec 1 To d’espace disque et 200 Go de RAM, cela ne vous concerne pas. Pour les autres, sachez qu’il est possible d’éviter de faire planter votre DAW au milieu d’une session en utilisant un disque dur externe.

En stockant vos fichiers d’enregistrement sur un disque dur externe avec un taux de transfert élevé, vous laissez plus de puissance de traitement à votre disque d’exploitation pour lui permettre d’exécuter des tâches complexes à l’intérieur de votre DAW, ce qui permet de réduire les bruits indésirables provenant du clavier.

Mauvaise gestion des fichiers

Le processus de création d’un morceau n’est pas un long fleuve tranquille. Il commence par un premier enregistrement pour avoir une idée générale du morceau, puis une démo complète, puis l’enregistrement en studio, les montages, le mixage, les corrections et enfin le mastering. Sans compter les fichiers MIDI, les samples, les références et les fichiers des sessions.

Créer un système de gestion de fichiers et s’y tenir peut vous faire économiser beaucoup de temps et d’énergie en studio. Si vous enregistrez toujours les éléments dans le même ordre, vous passerez beaucoup moins de temps à rechercher les fichiers manquants et plus de temps à créer.

La façon de faire en elle-même n’est pas importante : que vous souhaitiez classer les fichiers par ordre alphabétique, chronologique ou autre, à vous de décider. L’essentiel est d’avoir une ligne de conduite claire et précise et de s’y tenir.

La gestion de fichiers comprend également la sauvegarde régulière de vos sessions d’enregistrement. Planifiez un horaire fixe pour sauvegarder votre système d’exploitation et essayez d’archiver régulièrement vos sessions. Il est également judicieux de sauvegarder votre travail à plusieurs endroits, de préférence sur un disque dur externe (autre que le disque dur de votre session), ainsi que sur le cloud.

Dépensez son argent en matériel et instruments de musique plutôt qu’en traitements acoustiques.

Les chambres à coucher et les sous-sols de maisons sont souvent les pièces les plus investies pour créer un home studio. Malheureusement, l’acoustique y est souvent mauvaise. La plupart des ingénieurs du son préfèrent dépenser l’argent durement gagné dans de nouveaux équipements, pensant améliorer leur son, et oublient que la pièce où ils enregistrent et mixent est ce qui va avoir la plus grosse influence sur leur enregistrement.

Ce n’est peut-être pas aussi sexy qu’une guitare, un micro ou un compresseur, mais le recours au traitement acoustique professionnel est l’un des meilleurs retours sur investissement que vous puissiez obtenir pour votre home-studio.

Ne rien planifier

Quand on travaille de chez soi, on peut être tenté de travailler au jour le jour. Il est normal de prendre le processus moins au sérieux quand il n’est pas question de se rendre chez un professionnel et de mettre de l’argent sur la table.

Traitez vos sessions d’home-studio comme vous le feriez pour une « vraie session » studio : faites une pré-production, planifiez une heure de début et de fin et, avant tout, fixez-vous une date limite. Léonard de Vinci a dit un jour : « L’art n’est jamais terminé, seulement abandonné ». Si vous ne vous fixez pas de date limite ou si vous ne vous y tenez pas, vous continuerez à passer des heures sur les mêmes morceaux jusqu’à les détester.

N’ayez pas honte si vous vous retrouvez dans cet article. Tous les grands artistes enfreignent parfois les règles et être trop tatillon est un moyen rapide de perdre sa créativité. En évitant ce genre d’erreurs et en vous imposant de meilleures habitudes d’enregistrement, vous gagnerez en temps et en créativité.